Culture

A Namur et Charleville-Mézières : les murs racontent la ville

L’art dans la ville, en parallèle

Des fresques ont fleuri depuis 2015 sur les murs de Namur et de Charleville-Mézières, sans concertation, mais avec une même volonté d’amener l’art dans la ville, au plus près du quotidien des citoyens. Rendre la culture accessible au plus grand nombre, mettre en lumière le talent d’artistes locaux ou internationaux. Egayer la ville et la rendre attractive, la transformer en espace d’exposition permanent et gratuit. Proposer des moments de pause (ou de pose pour un selfie avec une œuvre), donner envie de lever les yeux vers un cadre devenu trop familier, de s’étonner. Interpeller, éveiller l’œil et l’esprit critique (beau ou pas beau ?), susciter un regard neuf sur des lieux fréquentés chaque jour… Voilà les principaux objectifs poursuivis par des pouvoirs locaux qui misent sur la culture pour développer leur territoire.

L’occasion d’un parcours pour découvrir la ville d’une manière originale et de fréquenter des coins où l’on n’irait pas forcément. Suivez le guide…

A Charleville-Mèzières

Ici, il s’agit surtout de rendre visible au plus grand nombre les textes d’Arthur Rimbaud, l’enfant du pays. Il existe déjà un parcours Rimbaud, qui mène le promeneur en des lieux qu’il a fréquentés. alluMeuse vous en parlait dans son numéro 15. En complément, les fresques murales viennent donner corps à certains de ses textes. Certains d’entre elles étaient déjà visibles dans le cadre de ce parcours Rimbaud. Depuis 2015, donc, les murs du centre-ville et de lieux plus excentrés se parent de lettres et de couleurs.

Quelques exemples, histoire de se mettre l’eau à la bouche…

Sur le flanc de la médiathèque Voyelles : une reprise d’une caricature de Rimbaud réalisée par Manuel Luque en 1888. Le manuscrit du poème ‘Voyelles’, un sonnet écrit par Rimbaud en 1871, reproduit ici est conservé dans les collections du musée Rimbaud.

Place Jacques Félix

Ici, c’est le poème ‘Ophélie’, écrit en 1870 et publié dans le recueil ‘Les Cahiers de Douai’, qui est illustré par Medhi Amghar, du collectif Creative Color. Il en a repris les deux première strophes et rend hommage à l’héroïne d’Hamlet, une femme au destin tragique.

Rue Michelet

Parmi les textes les plus connus de Rimbaud, ‘Le Dormeur du Val’ et ‘Le Bateau ivre’.

‘Le Dormeur du Val’ est un poème inspiré par la bataille de Sedan face à la Prusse, en 1870. Il est évoqué dans un travail de typographie impressionnant que l’on doit au collectif Creative color.

Avenue Charles Boutet, à côté du cimetière où se trouve la tombe d’Arthur Rimbaud.

Dans ‘Le Bateau ivre’, Rimbaud évoque le naufrage d’un bateau. L’artiste Polar le met en image en jouant sur le mouvement des formes abstraites et géométriques dans des tons bleus et jaunes. Une œuvre très lumineuse malgré le propos…

Rue Ledru-Rollin

Sur les murs de la rue de Tivoli, ce sont des extraits du poème en prose ‘Enfance’ qui dialoguent avec une  œuvre de Pierre Matthieu, artiste issu de l’école lyonnaise Cohl.

Rue de Tivoli

Des visites guidées du parcours de fresques sont proposées par le service Ville d’art et d’histoire de la Ville de Charleville-Mézières. Une brochure permet de découvrir les six premières fresques. En 2020, une nouvelle édition sera disponible, enrichie des réalisations plus récentes.

 

Namur

Les fresques s’inscrivent dans les projets portés par Namur Confluent Culture, où la Ville de Namur affirme sa volonté d’intégrer l’art dans les rues, dans le quotidien des habitants, des touristes, des travailleurs, des clients des boutiques. Depuis 2015, les projets se multiplient. C’est ainsi que l’on a vu, entre autres, les petits personnages d’Isaac Cordal peupler les recoins les plus improbables du centre-ville, notamment. C’est aussi à ce moment que sont apparues les premières fresques. Le circuit de découverte commence au cœur de la cité, avec trois fresques à proximité de l’Hôtel de ville. Ou carrément sur ses pignons.

Quelques exemples, histoire de se mettre l’eau à la bouche…

La plus ancienne des fresques namuroises, bien avant 2015, c’est en 2004 que la ‘Fresque des Wallons’ a été réalisée par la CitéCréation de Lyon. Un trompe-l’œil où des personnages célèbres de Wallonie apparaissent aux fenêtres, où des livres évoquent des lieux, des événements, des personnages. En 2018, elle a été entièrement restaurée et des personnages supplémentaires sont apparus. Une belle façon de tester sa connaissance de la Wallonie…
Au cœur du campus universitaire, sur un mur du Quai 22, centre culturel de l’Université de Namur, Sam Laloux propose une œuvre dans la veine du Pop Art et du travail de Roy Lichtenstein.
Pas très loin de là, au Jardin des poètes, qui jouxte la Maison de la Poésie et de la Langue française, le ‘Chaos végétal’ de l’artiste bruxelloise Tamar Kasparian, évoque la mutation, un processus sans fin, silencieux, grouillant. Elle répond harmonieusement aux chaises-poèmes de Michel Goulet (que l’on retrouve aussi à Charleville-Mèzières, Dinant et Nismes, à lire dans alluMeuse n°16) et aux livres-poèmes accrochés au mur. Un lieu qui prendra encore une autre dimension en 2020, après ouverture du pôle des Bateliers.
Encore un trompe-l’œil ici avec cette antique machine à écrire, sa vieille lampe et ses dossiers d’archives, sur le pignon du bâtiment abritant les Archives de l’Etat. Une merveilleuse évocation du lieu proposée par l’artiste d’origine néerlandaise, Leon Keer.
Nature power avec les fresques de Mona Caron où des herbes sauvages et autres créatures partent à l’assaut des murs et du béton des villes. Ici, elle dépeint un atterrissage surréaliste de personnes portées par le vent dans un Namur fleuri.

Pour plus d’infos, une brochure peut être téléchargée sur le site de la Ville de Namur.