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Meilleurs voeux pour 2020 !

Votre année 2020 ?

On vous la souhaite comme la Meuse : paisible, fascinante, mystérieuse, lumineuse, surprenante…

On sait qu’on ne pourra pas éviter qu’elle soit aussi brumeuse, sombre, changeante, tumultueuse…

Mais le soleil parvient toujours à traverser les brumes de Meuse, rendant au fleuve son caractère apaisant et ressourçant…

Que votre soleil perce doucement les brumes, éclairant 2020 de tout son éclat !


Cadeau pour bien commencer l’année : voici un texte inspiré par les bords de Meuse à l’un de nos lecteurs, Michel Ducobu, professeur et écrivain. Il nous offre ce texte, inédit, destiné à son prochain recueil “Finis Terrae”, écrit fin décembre, devant la Meuse, du haut de la fenêtre de son bureau…
Merci à lui !

L’ effort est joie

“J’ai agi et j’ai vu que l’effort était joie.”

Rabindranath Tagore

L’aurore est grise et rauque, tapie dans la forêt comme une bête frileuse. Pas un signe, pas un geste ni un souffle clair n’effleure la canopée. Un silence de souffrance froide. Seul un rapace traîne sa faux dans l’air.

La fenêtre ne s’ouvre guère au regard. Rien n’invite au voyage. Un rideau de paresse entoure l’intérieur. La table est blanche et lasse. Il fait dimanche nonchalant et fade. Sans un pétale de plaisir dans le jardin d’hiver.

L’heure est au malheur mou des cœurs. Rupture des phrases. Lèvres vieillies.

Le bruit d’un train vide de l’autre côté du fleuve. Personne ne le conduit ni l’occupe. Long spectre mécanique lancé vers nulle part, sinon une gare de glace qu’il traversera distraitement. Les rails s’en iront en fondant.

L’heure est rouillée.

La gorge de l’horloge ne déglutit plus.

La mort des rythmes est en route.

Etre ou disparaître. Retourner vers son alcôve et se lover dans son nid de laine lourde. Et dormir du sommeil sourd des ruminants.

Le liseré rigoureux de la grive. Un chant d’enchantement fragile.

L’étoile inattendue du matin, un tintement de bec contre la vitre, la paupière couverte de frémissements frais. Une mince blessure de bleu sur la peau du paysage. Un livre qui s’ouvre sur une page oubliée, épargnée par l’encre. Les épaules qui se redressent et laissent derrière elles les collines engourdies s’étirer sous le soleil. L’éveil vrai.

Un saut sous l’eau des roches et leur long chemin aveugle jusqu’aux mains mendiantes.

Souliers de soldat aux pieds impatients et course dans l’herbe pour atteindre la route de terre tranquille. Personne ne part à cette heure pour une marche inutile. La voie est parfaitement neuve.

A contre-courant.

Vers la source si lointaine.

Des lieues, larges et libres, à parcourir avant d’en pressentir la présence. Mais le but est d’avancer vers l’amont, de franchir avec fierté une frontière familière et d’entrer dans le pays d’où partent toutes les rivières.

Un effort hors du rituel pour éprouver une liesse de jeunesse et connaître mieux la puissance des sens, nos indices de pure existence.

 

Michel Ducobu

Wépion, le 30 décembre 2019