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Le soldat Trébuchon, héros malheureux

Augustin Trébuchon

C’est le dernier poilu mort officiellement lors de la dernière bataille de la Première Guerre mondiale. Augustin Trébuchon a reçu une balle en plein front et s’est écroulé dans une praire ardennaise… quelques minutes avant l’armistice.

Ce matin-là, le 11 novembre 1918, le soldat de 1ère classe, matricule 13002, estafette de la 9ème compagnie, avait enfin l’espoir de rentrer chez lui, en Lozère, pour retrouver les siens.  Vers 10h45,  on lui demande de porter un message précisant que la « roulante », comprenez la cuisinière mobile, sera là à 11h30 pour distribuer ce qui sera le premier repas après l’armistice, officiellement décrété à 11h.

Le corps d’Augustin Trébuchon, mort d’une balle en plein front, sera retrouvé le long de la voie ferrée à Vrigne-Meuse, petit village situé entre Sedan et Charleville. C’est là qu’il est enterré,  avec les 17 autres  « occupants » du carré miliaire entourant le petit monument aux morts. Sur sa tombe, il est officiellement décédé le 10 novembre 1918. Pourquoi l’a-t-on fait officiellement mourir un jour plus tôt ?  Deux théories tentent, difficilement, de justifier la manœuvre. La première,veut que l‘on ne puisse pas mourir le jour de l’armistice, puisque c’est le jour de la fin de la guerre, celui de la victoire, et que cela ferait un peu tache. D’autant que les négociations se sont prolongées durant plusieurs jours et que l’annonce officielle a mis aussi un peu de temps à être diffusée.  La seconde théorie avance le fait que les épouses des soldats morts le 11 novembre n’auraient pas pu percevoir leur pension de veuve de guerre, puisque celle-ci était officiellement terminée.

JMA-01/11/2018

A découvrir dans notre  numéro 12 (septembre/octobre/novembre), un  dossier de huit pages sur l’armistice dans nos régions, avec un reportage à Vrigne-Meuse.

18 novembre 1918, une jeune fille tuée après l’armistice

Augustin Trébuchon, poilu tué quelques minutes avant le cessez-le-feu, n’est malheureusement pas la dernière victime de la Grande Guerre. Si l’armistice signé à Compiègne le 11 novembre 1918 précise qu’« il ne sera apporté aucun dommage ou préjudice à la personne ou à la propriété des habitants», il ira souvent bien autrement. Les soldats allemands se retirent dans le chaos, et commettent trop souvent pillage et violences.

Ernestine Detraux, une jeune fille de Wasseiges de 28 ans, est ainsi tuée à bout portant le 18 novembre 1918 par un soldat allemand. Ce jour-là, une troupe de boches en déroute arrive dans le village et entre chez le fermier Detraux pour réquisitionner de la paille. Il en reçoit deux bottes, mais en exige davantage, ce que refuse le fils de la maison. L’Allemand le menace de son revolver. Ernestine s’interpose alors pour protéger son frère, et elle reçoit la décharge dans le ventre. Elle meurt le surlendemain dans de grandes souffrances. Elle est enterrée le 22 novembre au milieu d’une foule énorme et triste. Le corps est porté par des soldats anglais et le cercueil est recouvert du drapeau belge. Sur sa tombe, dans le cimetière du village, figure l’épitaphe : « Victime d’une balle allemande par son amour fraternel ». Pour l’amour fraternel et pour une botte de foin…